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[2/2] Pour que passe le courrier, par Joseph Roig.

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Les hommes.

Les meilleurs principes ne valent que s’il se trouve des hommes courageux et compétents pour en assurer le choix. On dit volontiers que la France découvre toujours aux moments désespérés de son histoire des hommes nécessaires.
Mais est il donc besoin d’attendre le dernier palier du désespoir pour chercher ces hommes et leur faire confiance ?
Notre aviation, défavorisée par notre manque de carburant, doit soutenir un combat très serré pour garder son rang dans la compétition internationale sans ruiner la nation elle-même. Il lui faut donc des chefs de premier choix possédant une expérience de vieux capitaines qui leur permette d’éviter la casse et d’atteindre l’objectif avec le minimum de pertes.
Ces chefs doivent en outre s’être formés dans ce sens spécial du dévouement au Pays, qui caractérise les vrais grands soldats, parce qu’il limite l’ambition personnelle, en dégage totalement la mission à accomplir.
Dans cette période où l’aviation marchande exige de la nation un tel effort, il lui faut des industriels qui sachent limiter leur caractère d’hommes d’affaires pour être par-dessus tout des serviteurs de la Patrie.
Je sais qu’une telle proposition jure un peu avec l’ambiance spéculative d’aujourd’hui, avec l’aggravation, la corruption du struggle for life anglo-saxon dont la brutalité originelle s’acoquinerait volontiers chez nous d’un certain byzantinisme importé du levant.
Il faudra cependant revenir à cette conception du civisme nécessaire chez les grands chefs de notre industrie.
Le temps est passé où le militaire et le politique pouvaient assumer la responsabilité de la nation. Aujourd’hui un peuple dépend de ses chefs d’industrie comme ils s’appuient eux-mêmes sur les richesses matérielles et morales de la nation. Ce ne sont plus des artisans libres dont l’existence personnelle est en dehors de la vie politique, Ils ont des privilèges comme l’ancienne aristocratie chargée de la défense du territoire commun. On a raison de demander leurs noms. Ils appartiennent à l’ opinion.
Nous n’avons, en ce qui concerne ce chapitre du Sud qu’un nom à citer. Mais quatre années d’épreuve le soulignent et répondent de lui : c’est le nom de Pierre -Georges Latécoère.
Certes, les mêmes conditions industrielles que nous invoquions tout à l’heure ne permettent pas à un seul homme d’être tout dans une affaire. Autour de Latécoère, il faudrait citer de nombreux autres dont le dévouement, l’ardeur et cette belle objectivité de " Serviteur du Pays " ont fait des collaborateurs précieux.
Mais à toute affaire, il faut une tête dont la pensée, souvent même le sentiment, suffit à orienter toute l’impulsion.
Il n’est donc pas injuste de se rallier à un seul nom qui désigne à la fois un chef et son équipe.
Latécoère, après avoir étendu sa construction de wagons en série, commença à fabriquer des avions sur diverses licences et conçut sa vocation d’ Organisateur de Lignes Aériennes.
Organisation où l’on sent la double tradition de l’Ingénieur et de l’ I’industriel, le double souci des conditions techniques et de la clientèle, qui devaient l’orienter vers ce Maroc où les conditions de l’utilité et du succès se trouvent parfaitement réunies.
Pour mieux se consacrer à cette oeuvre, il négocia ses usines en pleine prospérité, ne gardant que ses Ateliers d’aviation.
C’est qu’il avait trouvé un but à sa vie, une de ces oeuvres de longue haleine dont l’ampleur, les difficultés et la beauté peuvent, à l’exclusion de toute autre passion, suffire à une existence, absorber même ce " Mal des ardents" dont parle un de ses plus proches collaborateurs.
Latécoère a rêvé d’atteindre un jour l’Amérique, non point en raid, mais en Ligne organisée, régie, commercialisée.
Il est désormais l’homme d’une idée.
Il ne pourra s’en évader pour retrouver sa libre personnalité que lorsque nos avions atteindront Pernambouc, de l’autre côté de l’Atlantique, à la pointe la plus rapprochée de l’Amérique du Sud.
Il n’ignore point que c’est un esclavage de longues années qu’il souscrit là, pour un résultat que l’état actuel de la science laisse encore incertain.
Il n’y cherche pas la fortune puisqu’il l’avait déjà, Il l’a plutôt asservie à une oeuvre difficile.
Il n’a pas davantage cherché une gloire que sa timidité lui rendrait insupportable. L’impulsion de Latécoère paraît ainsi plus subjective qu’objective car elle émane d’une vocation.
Nous croyons vous avoir démontré que cette idée répondait précisément au meilleur programme que la France puisse se tracer actuellement dans ses efforts aériens hors d’ Europe.

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Dernière mise à jour : 1er aout 2017 à 15:57:53