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[2/2] Pour que passe le courrier, par Joseph Roig.

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Après le raid

Une conférence aux Anciens Centraux.

Devant cet auditoire de choix, j’expose les problèmes que pose le transport du Courrier ; les solutions permises en 1922 ; l’avenir que la Ligne peut espérer et qui dépend du choix dans le matériel, dans celui des hommes, et surtout dans celui du Chef.
Je repris le train train quotidien de mes occupations qui étaient faites de réceptions en l’honneur des invités de Pierre Latécoère et de de Massimi et aussi de visiteurs de marque, tous impressionnés par l’atmosphère de grande sympathie dont les casablancais entouraient La Ligne.
C’est ainsi que j’eus l’honneur de recevoir, entre autres, André Michelin (dont la famille connaissait les parents de ma femme), qui avait fait le projet de réunir à Casablanca un Conseil d’Administration de la Société. Mais les 2 places disponibles dans chaque avion étant retenues à l’avance par notre clientèle régulière, cela ne permit pas d’envisager cette réunion.
Par la suite, je rendis visite à André Michelin au boulevard Péreire, chaque fois que j’étais convoqué par Pierre Latécoère à Paris, et chaque fois je constatais le même intérêt pour La Ligne que je défendais ardemment contre Henri de Kerilis de " I’Écho de Paris " qui, faisait des conférences présidées justement par André Michelin, et dans lesquelles il se posait en accusateur du Gouvernement qui aidait les lignes aériennes qui coûtaient de l’argent à la France, alors que tous les efforts devaient tendre en faveur de l’aviation militaire.
Ces conférences, titrées " Face à l’Est " n’entraient pas dans mes vues et mes protestations verbales écrites, auraient pu me valoir d’être traduit devant les tribunaux par le dit Kerilis qui entretenait des relations non dépourvues d’intérêts pécuniaires dans une Société qui représentait les Dorniers allemands à Madrid.
Le Capitaine aviateur Franco, frère du Général Franco, futur chef du gouvernement espagnol, m’en avait fourni la preuve formelle par des faits précis, A noter que le Capitaine Franco avait partie liée avec la firme Dornier. Me montrant à Nador, son magasin de ravitaillement, il m’avait assuré que jamais un boulon français n’aurait sa place dans ces tiroirs, Ses confidences étaient prises à bonne source.

Les anciens de Central à l’aéro-club du Maroc

L’Aéro-club continuait à intéresser les casablancais et nous y recevions beaucoup de personnalités de passages, C’est à l’occasion de la réception des anciens élèves de l’ École centrale en voyage au Maroc que je fus prié de prendre la parole pour exposer l’œuvre d’un ancien de l’École Centrale, Pierre Latécoère. Je voulais aussi définir en détail le programme de l’Aéro-Club du Maroc ; nos points de vue sur l’aviation marchande, son but et ses moyens.
Voici ce que je développai devant cet auditoire de qualité :
"Exprimer tout ce qu’il y a d’intéressant à dire sur l’ Aviation marchande, telle que nous la concevons, telle que nous, Marocains, la voulons, et telle que nous croyons pouvoir la réaliser, nous entraînerait trop loin. Nous nous bornerons à vous dire que dans ce pays où l’aviation marchande a conquis droit de cité, vous n’entendrez aucune théorie formulée en des termes à grand fracas, Nul ne vous dira ce que sera l’ Aviation dans 10 ans, Nul ne s’extasiera ni sur les bolides de demain ni sur les paquebots aériens de l’avenir. Vous n’entendrez parler que de l’aviation d’aujourd’hui, de celle que nous avons ici et qui suffit pour l’instant à notre bonheur.
Mais nous vous donnerons aussi la manière de s’en servir. Nul ne vous soufflera mot des possibilités futures ainsi que du rendement commercial lorsque la routine sera vaincue.
C’est qu’ ici, où la routine n’est pas, nous savons où nous allons, et nous connaissons les facteurs qui assurent le succès.
Vous n’entendrez pas les lamentations vides d’arguments dont les professionnels de la propagande aérienne en France vous abreuvent quotidiennement et dont les résultats sont bien minces.
Ici, ouvrez tous les journeaux du Maroc, vous jugerez de la place qu’y tient l’action aérienne et vous retiendrez surtout la forme vraiment efficace que prend cette action.
C’est que dans le Maroc aérien, c’est-à-dire dans tout le Maroc, en matière d’aviation, le bourrage de crâne n’est pas possible.
L’avion passe ou ne passe pas : il passe.
Le courrier arrive ou il n’arrive pas : il arrive.
Tout est là.
Il nous est agréable de constater à l’heure actuelle que nos avions passent en toutes saisons et que le courrier nous arrive par n’importe quel temps.
Et cela seulement nous intéresse.
Mais nous nous y intéressons prodigieusement
Tout au long de l’exposé que je vais avoir l’honneur de vous faire, nous vous présenterons l’avenir de notre aviation marchande, basé non sur des données hypothétiques, mais bien sur des faits et chiffres précis, contrôlables et contrôlés.
Nous nous essaierons à vous démontrer combien la désastreuse politique actuelle d’économies de bouts de chandelle compromet gravement la sécurité de nos équipages sur l’unique route aérienne du monde dont le rendement commercial soit assuré. Sa haute portée politique exigerait l’appui immédiat de notre gouvernement dont la seule excuse à mes yeux est d’être insuffisamment renseigné.
Le système actuel d’exploitation sur Casablanca-Dakar nous conduira à de cruels mécomptes, nous en sommes malheureusement persuadés et notre personnel en fera les frais.

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Dernière mise à jour : 1er aout 2017 à 15:57:53