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[1/2] Pour que passe le courrier, par Joseph Roig.

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  A cette absence de renseignements, allaient s’ajouter les difficultés créées par le comportement des chameaux, experts dans l’art de se débarrasser de leur charge, et l’organisation du campement, la nourriture des hommes du convoi et la nôtre. Celle des chameaux consistait à laisser les bêtes libres de la trouver dans les épineux qui nous entouraient ; quant à leur abreuvoir, il n’était guerre difficile, car il se faisait quand la piste longeait un marigot. Au matin, le rassemblement était lent car il fallait récupérer les bêtes laissées toute la nuit en liberté. Tout cela se faisait dans une ambiance de grande confiance, sans heurts et sans cris inutiles, chacun s’occupant de sa tâche particulière.
De temps en temps mais très rarement, un homme bleu croisait la piste et auprès du campement, des enfants venaient, en curieux apeurés, voir les hommes blancs.
La Mauritanie se montrait avec la douceur de ses habitants, et la sécurité qui était de règle. Cela tranchait avec la vie dans le Rio de Oro.
Jour après jour, les étapes se succédèrent et un soir nous avons barraqué le convoi au bord du poste de Nouakchott. Ceux qui voient aujourd’hui les réalisations faites à ce point d’eau, pour la transformer en Capitale du genre Brasilia ( toute proportions gardées) voudront bien admettre que le désert mauritanien a bien changé en un demi-siècle.
Pas de possibilités d’aménagements rapides de terrain dans ces vallées où les épineux tenaient la meilleure place, et nous fîmes demi-tour pour nous installer plus au sud à M’Terert, une ancienne lagune asséchée qui avait l’avantage de présenter une surface dure et unie sur plus de 1 500 mètres et, orientée dans le sens des alizés.


Carte de la saline M’Terert

Une reconnaissance sur les bords de l’Océan me permit de rendre visite au lieu d’atterrissage de l’avion Goliath. Des débris informes en marquaient la place. Pourtant, si quelqu’un de curieux dans l’équipage avait franchi les dunes, il aurait peut.être pu trouver, avec un peu de chance, un point d’eau à quelques centaines de mètres du lieu d’atterrissage. Nous avons en effet trouvé de l’eau ( certes magnésienne) en beaucoup de points tout au long de notre parcours, parallèle à la côte et bien souvent à moins de 400 mètres de la plage.
Sur la lagune, le terrain bien marqué, l’essence et l’huile enterrées dans le sable, une peau de chèvre pleine d’eau installée sur deux piquets pour servir de gargoulette aux équipages de passage, tout était prévu. L’aérodrome de Nouakchott était né.

Les chameaux déchargés, après une bonne nuit de repos, le convoi reprit la route du retour sous la direction d’un chef chamelier.
Le Cadi Oulad El Baggui devait continuer sa mission vers le nord et à travers le Rio de Oro afin d’aviser toutes les tribus dont le terrain de parcours touchait la côte de notre passage avec des avions. La mission qui lui avait été confiée par le Colonel Gaden précisait qu’il devait s’attacher tout particulièrement à convaincre les Chefs de tribu d’envoyer à Saint-Louis des représentants pour palabrer avec le Gouverneur de la Mauritanie, car cette haute personnalité avait des communications importantes à faire et des propositions intéressantes au sujet du passage des avions sur leurs territoires.


Jeune fille voilée.


J’avais aussi projeté de quitter le convoi le lendemain pour aller saluer à Mederdra l’Administration de la région. Au matin de la séparation le Cadi Oulad El Baggui me convia à une cérémonie qui aujourd’hui encore remplit mon cœur d’une émotion difficile à contenir. Les chameliers, rangés sur deux rangs, leur bras droit tendu à l’horizontale faisaient un pont sous lequel j’allai passer, chaque homme bleu touchant à son tour de la main ma tête inclinée.
Le Cadi m’attendait quelques pas plus loin. Lorsque j’arrivai devant lui, il me baisa l’épaule droite et me dit :» Capitaine, mon fils, le vrai ami est celui qui prend tes intérêts en ton absence. Souviens toi que je suis ton ami et va ton chemin dans la joie ».
J’avais les larmes aux yeux en rendant l’accolade à ce chorfa dont je venais de recevoir la bénédiction. J’avais eu l’occasion à plusieurs reprises de me pénétrer de ses pertinentes remarques.
A la veillée, il m’avait dit un jour : » Mon fils, avec ta barraca, le cadavre de ton ennemi passera toujours devant ta porte ».
J’avais demandé en riant : » Cadi, est-ce que je serai devant la porte pour le voir passer ? ». En haussant les épaules il avait répondu : « Mon fils, tu ne crois pas en ton Dieu ? Dommage ! » Et un autre jour : « Mon fils, la chose qui t’arrive sera toujours la meilleure qui puisse t’arriver, même si tu crois que c’est un malheur ».


Jeune fille maure devant son métier

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Dernière mise à jour : 1er aout 2017 à 15:57:53